Colombie & alentours
Pourquoi le Huila : le lieu que nous avons choisi
Phoenix Initiative4 min de lecture

L'adresse d'une organisation est un argument. Avant tout programme, avant toute ligne budgétaire, choisir où travailler est la première déclaration de ce que l'on croit important. La nôtre est Rivera, une petite ville du département du Huila, dans une vallée andine du sud de la Colombie.
Cet article n'est pas une page de tourisme. C'est une tentative d'expliquer, simplement, pourquoi une fondation de restauration a du sens à cet endroit précis, et pourquoi nos cinq piliers ressemblent à ce qu'ils sont.
La vallée
Le Huila est dans les Andes, et la vallée autour de Rivera rassemble les contrastes de la région sur de courtes distances. Non loin s'étend le désert de la Tatacoa, un paysage sec qui agit sur l'esprit comme un avertissement : voilà l'une des choses qu'une terre peut devenir. Dans d'autres directions, il y a des sources thermales, et les pentes du pays du café. Chaleur et eau, rareté et fertilité se côtoient ici de près.
Pour une fondation dont le premier pilier est la restauration écologique, cette proximité n'est pas un décor. C'est l'argument entier en miniature. La différence entre un versant dégradé et un versant vivant n'a rien d'abstrait dans le Huila ; les deux tiennent dans le même horizon.
Rivera est une petite ville, et cela compte plus qu'il n'y paraît. Dans une petite ville, le travail se voit. Une pépinière n'est pas une ligne dans un rapport ; c'est un lieu devant lequel les gens passent. Une cohorte de formation n'est pas une statistique ; ce sont des voisines. À cette échelle, rendre des comptes n'est pas une politique : c'est une condition quotidienne.
Ce que la terre a demandé d'abord
Le premier travail de restauration de la fondation s'est fait sur son propre sol : une colline du domaine du Huila que nous faisons revivre, et que nous avons documentée en images d'avant et d'après. Ce trimestre, les premières planches de semis de la pépinière se mettent en place. Plus tard dans l'année, le plan est de planter un corridor écologique reliant deux fragments de forêt.
Cette séquence, colline, pépinière, corridor, n'a pas été dessinée dans un bureau puis importée. C'est ce que la terre devant nous a demandé, dans l'ordre.
Cinq piliers comme réponses
Nous décrivons notre travail en cinq piliers, et chacun répond à quelque chose de concret dans ce lieu :
- La restauration écologique, parce que la vallée contient à la fois des pentes dégradées et des fragments de forêt vivante, et que la distance entre les deux peut se refermer avec des plantes natives, du travail et de la patience.
- Les infrastructures écoresponsables, parce que la région elle-même offre les matériaux et les contraintes : construire en guadua, le bambou local, et concevoir des systèmes d'eau autonomes pour un paysage où l'eau ne va pas de soi.
- L'art, la culture et l'éducation, parce qu'apprendre ici ne devrait pas attendre des bâtiments : des ateliers dans les villages, et des salles de classe sans murs qui traitent la vallée comme l'espace d'enseignement qu'elle est déjà.
- Le bien-être et la vie saine, parce que la restauration est faite par des personnes, et que des programmes comme le sport féminin et les tables saines sont la manière dont une ville entretient l'énergie que la terre exige.
- Les médias et la diffusion, parce qu'on parle généralement de lieux comme celui-ci depuis loin ; les récits de terrain, ce journal et la radio communautaire permettent à la vallée de parler de sa propre voix.
La sixième ligne de notre budget, opérations et conformité, n'est pas un pilier, mais elle sert la même logique : faire les choses proprement, là où nous sommes.
Pas un décor
Il aurait été facile de choisir cette vallée pour sa beauté et de s'en servir comme décor. Nous essayons l'inverse : traiter le lieu comme le commanditaire. Le désert voisin dit ce que peut l'abandon. Les fragments de forêt disent ce qui reste possible. La petite ville dit avec qui, et pour qui, se fait le travail.
Voilà pourquoi le Huila. Pas parce qu'il est photogénique, même s'il l'est, mais parce qu'ici les questions auxquelles une fondation de restauration existe pour répondre sont posées à voix haute, chaque jour, par la terre elle-même.