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Se former en étant payée : la première cohorte de femmes de Rivera
Phoenix Initiative4 min de lecture

Au deuxième trimestre 2025, deux choses ont commencé presque en même temps sur les terres de la fondation dans le Huila : les premières planches de semis de la pépinière, et la première cohorte de formation rémunérée de femmes de Rivera. Ce n'était pas un hasard. Une pépinière ne se construit pas seulement avec des plants ; elle se construit avec des mains qui savent les garder en vie.
Cet article parle du second de ces commencements, et d'un mot que nous avons choisi à dessein pour le décrire : rémunérée.
À quoi la cohorte se forme
La formation s'ancre dans les deux types de travail que la fondation mène cette année sur le terrain : le travail de pépinière et la restauration écologique.
Côté pépinière, cela veut dire le métier quotidien d'élever des plantes natives : préparer les planches, soigner les jeunes plants, apprendre à les suivre dans le temps, parce qu'un plant mis en terre puis oublié n'apprend rien à personne. C'est le suivi qui transforme une plantation en restauration.
Côté restauration, la formation regarde vers les versants eux-mêmes. La fondation restaure une colline de son domaine du Huila, et ce trimestre avance la plantation d'un corridor écologique destiné à relier deux fragments de forêt. Un travail pareil demande des personnes qui savent bien le faire, près de chez elles, saison après saison.
Nous ne décrirons pas un programme pédagogique plus en détail que le travail lui-même ne le justifie. La formation est pratique, et elle a lieu là où sont les plantes.
Pourquoi « rémunérée » est le mot important
La plupart des programmes de formation, presque partout, demandent d'abord une chose aux participantes : du temps libre. Or le temps libre est la ressource la plus injustement répartie qui soit.
Une journée de formation, c'est une journée sans revenu, et une journée soustraite aux nombreux travaux non payés qui remplissent déjà les journées de beaucoup de femmes. Quand la formation n'est pas payée, elle filtre silencieusement ses participantes : elle sélectionne celles qui peuvent se permettre de donner une journée, et les personnes qui ont le moins de marge dans leur vie sont les premières exclues, même quand la formation a été pensée pour elles.
Payer les journées de formation inverse ce filtre. Cela dit : ton temps est un coût réel, et nous le traiterons comme tel. Cela change aussi la nature de la relation. Une stagiaire rémunérée n'est pas une bénéficiaire qui reçoit une faveur ; c'est une travailleuse qui acquiert un métier. Cette distinction, c'est la dignité en pratique, et elle se voit dans tout, de l'assiduité à la qualité des questions posées.
Il existe aussi un argument plus froid, que nous tenons à côté du plus chaleureux. La restauration est longue. Les forêts ne se rétablissent pas à l'échelle d'un atelier. Si les savoir-faire doivent rester à Rivera, dans la pépinière, sur les versants, le long du corridor, alors la formation doit être quelque chose sur quoi une personne peut construire une part de ses moyens d'existence, pas quelque chose qu'on glisse entre deux obligations.
Ce que coûte une journée de formation
Nous publions des équivalences de coûts de terrain pour que celles et ceux qui nous soutiennent puissent se représenter ce que fait leur don. Elles sont illustratives, fondées sur les coûts de terrain 2025, et ne constituent pas un tarif :
- environ 50 € correspondent à une journée de formation pour une femme de la cohorte ;
- environ 20 € correspondent à une douzaine de plants natifs mis en terre et suivis, précisément le travail auquel la cohorte se forme.
Nous ne publions pas ici la taille de cette première cohorte ; ce chiffre appartient au bilan consolidé de l'année. Ce que nous pouvons dire est qualitatif mais réel : c'est un premier groupe, composé de femmes de Rivera, et « premier » est le mot qui compte. Le sens d'une première cohorte, c'est d'apprendre, avec ses participantes, à mieux faire la suivante.
Ce que cela rend possible
L'ambition silencieuse derrière la cohorte, c'est que le savoir vive dans la ville, pas dans la fondation. Des planches de semis demandent des soins toutes les semaines de l'année. Un corridor entre deux fragments de forêt devra être veillé longtemps après le passage des équipes de plantation. La façon la plus durable de le garantir, c'est que les savoir-faire, et le travail payé qui va avec, appartiennent à des personnes qui sont déjà chez elles.
C'est tout le dessein : une terre locale, des mains locales, et une formation traitée comme du travail parce que c'en est. Les plants des nouvelles planches diront, dans quelques années, si nous avons bien fait.